• Extrait de "L'arbre" - Les chroniques de Némo Vogt

    "Jean-Pierre Léoteau, photographe pour le Daily News, est revenu du Pendjab il y a un an. Il y avait fait un séjour de quatre mois à quelques kilomètres au nord-est de Chandigarh, à Kalka, afin d’illustrer les recherches du Professeur Bastian concernant les effets de l’industrialisation sur la flore locale.
    A Kalka, sa chambre, louée au vieux Radjani Singh, se trouvait au deuxième étage d’une petite maison carrée. Sa fenêtre donnait sur une sorte d’atrium, et regardait l’intérieur d’une petite cour. Il n’y avait que peu de lumière qui entrait chez lui, car la cour était sombre et fermée.
    Du jasmin grimpait désespérément vers le ciel, cherchant de l’air, de la lumière. Il avait fallu plusieurs jours à Léoteau pour se rendre compte qu’il s’agissait de deux arbres distincts, étroitement enlacés, dans de tendres et végétales caresses.
    Il eut la chance, durant ces quatre mois, d’être le témoin de la floraison de ces arbres. Un parfum délicat, des fleurs douces et fragiles apparurent un matin, éclairant et embaumant la chambre du photographe. Évidemment séduit par la délicatesse des deux arbres prisonniers, il avait pris de nombreux clichés. Il lui semblait que les volutes végétales étaient encore plus tendres, adoucies par la finesse et la pureté des fleurs. Il ne se lassait pas d’être enivré par leur parfum et passait de longues heures à sa fenêtre, la nuit tombée, quand les effluves florales étaient les plus puissantes.

    Lorsque, un matin, il fut réveillé par des coups répétés venant de la cour, il se leva brutalement et se précipita à la fenêtre. Il fut alors le témoin malheureux de ce qu’il avait pressenti en une fraction de seconde au réveil. Le brave Radjani, coiffé de son éternel turban bleu de Sikh, s’acharnait à abattre un des deux arbres.

    Secouées de spasmes terribles, les branches encore fleuries s’accrochaient désespérément à l’autre arbre, qui semblait resserrer son étreinte sur le malheureux condamné. Dans un mauvais anglais, Radjani cria à Léoteau qu’il fallait faire de la place, que deux arbres, s’était trop pour une si petite cour, que cela mangeait la lumière…

    L’arbre se mit à gémir sous les coups, puis à crier et finalement termina son agonie en hurlant..."

    A suivre...

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